Démocratie directe

Vieil homme au travailA l’heure de la réforme des régimes de retraite, je pense qu’il serait grand temps de faire l’économie de tous ces représentants du peuple qui représentent souvent plus leur boutique que les gens qui les ont mandés. Ils coûtent bien cher et continuent d’ailleurs à coûter cher alors même qu’ils ne servent plus. Certaines mauvaises langues diront qu’ils ne servaient pas plus avant mais on peut le comprendre car quand quelqu’un qui est payé pour vous représenter, vote des lois qui vont à l’encontre de vos convictions , il est légitime de se demander qu’est-ce qu’ils entendent par représenter.

Technologiquement, nous avons maintenant des moyens surs et fiables pour nous passer de ce système archaïque de représentation nationale qui n’assure visiblement pas le service pour lequel il a été mis en place. La mise en oeuvre des moyens techniques nécessaires pourrait dans un premier temps être utilisée pour des référendums et ensuite, ayant fait preuve de sa viabilité, être étendue à tout le système.

Moyens techniques

Carte électoraleTout d’abord, remplacer la carte d’électeur par une carte à puce qui contiendra une clé de cryptage. Si le système bancaire (sur lequel repose toute notre civilisation) s’accommode bien de cette sécurisation, je pense que nous pouvons l’inclure dans la nôtre. Mais cette sécurité n’étant pas aussi efficace que veulent nous faire croire les banquiers, nous y adjoindrons une passphrase connue uniquement de l’électeur (et pas un code numérique à quatre chiffres pouvant être trouvé en moins de 3 secondes en brute force).

Si on veut pousser plus loin la parano, On peut même envisager un terminal équpé d’un scan biometrique (rétine, empreintes, etc…) mais il va sans dire qu’un tel système gonflerait inévitablement la facture.

Il suffira lors du retrait de sa carte en mairie de l’initialiser dans un isoloir (création de la clé de cryptage, envoi de la passphrase sur un serveur sécurisé de l’Etat et eventuellement, enregistrement de parametres biometriques).

Borne InternetPour pouvoir utiliser cette carte, il faudra des terminaux. Ceux-ci pourraient être mis à disposition dans des lieux publics (administrations, postes et pourquoi pas bars-tabacs) mais nous pouvons aussi envisager un périphérique pouvant être connecté à un ordinateur personnel qui permettrait de voter de chez soi.

Au bout de la chaîne, les votes seraient traités sur de gros serveurs qui conserveraient les informations dans des bases de données cryptées (ce qui permettra au citoyen de vérifier que ses votes ont bien été pris en compte, de se rappeler de ses votes passés (et décider ou non de les rendre publics), et également de s’assurer que personne n’a utilisé son droit de vote).

Vu les sommes gastronomiques dépensées pour nourrir nos élus et payer leurs campagnes, je pense que ce matériel pourrait être amorti assez rapidement.

Débats contradictoires

Nous avons vu qu’il est possible techniquement de se passer de nos élus pour voter. Mais une partie importante de notre démocratie est censée reposer également sur les discussions et aménagements possibles des lois proposées par le gouvernement. Des lois peuvent aussi être proposées par l’assemblée mais en pratique c’est assez rare.

Discussion convivialeIl est aussi possible de permettre aux électeurs qui le souhaitent de s’exprimer sur les sujets qu’ils auront à voter plus tard. Pour cela, il suffira que dans chaque ministère, des forums de discussions soient ouverts à tous (encore une fois, l’identification se fera grâce à la carte d’électeur et la clé publique) Des débats pourront y avoir lieu sur les projets de lois que leur origine soit administrative ou citoyenne (des emplacements spécialement concus pour les propositions citoyennes devront être prévus à cet effet. A partir d’un quota de demandes atteint, le sujet devra etre transformé en proposition de loi).

Les citoyens n’étant pas équipés de systèmes informatiques devront pouvoir être accueuillis à la mairie de leur lieu de résidence ou ils pourront avoir accès au reseau sur présentation de leur carte d’electeur et ainsi participer aux discussions en cours.

Ainsi, les gens préoccupés par un problème particulier auront la possibilité d’exprimer leur point de vue devant l’ensemble des personnes intéressées.

Pour éviter les dérives dans la discussion, ces forums seront modérés et les parties n’ayant pas de rapport avec le sujet ou manquant du respect élémentaire envers les autres participants seraient déplacés vers des archives séparées. Seul subsisterait un lien avec le motif du déplacement dans le fil de la discussion.

Le temps de la réflexion

HorlogePour fonctionner correctement, les projets de lois devraient rester en discussion pendant plusieurs mois (6?) avant de passer en phase de vote. Ceci afin de laisser à tous le temps de lire les discussions en cours , d’y intervenir, et de prendre le temps nécessaire pour peser le pour et le contre avant de prendre une décision.

De même quelques semaines (3?) devraient être laissées aux citoyens désirant voter sur le sujet. La possibilite de décider si son vote peut être comptabilisé (et donc inclu dans les pourcentages en cours) serait laissée au citoyen lors du vote.

Avantages et Inconvénients

Le principal inconvénient de ce système, vient à mon avis du fait que les personnes ne maitrisant pas tres bien l’écriture (electronique) se verraient handicapées par rapport a celles qui sont immérgées dans le monde informatique. Mais, rappelez vous du minitel : les gens qui avaient le sentiment d’en avoir besoin n’ont pas mis très longtemps à le maitriser. Je pense donc que ce problème n’en demeurerait pas un très longtemps.

Un autre des effets pervers serait sans doute également de rendre les lois plus longues a voter (mais d’un autre coté mieux acceptées par la population). Mais le gouvernement aura toujours la possibiliter d’édicter des décrets pour les cas d’urgence. Ceux ci pouvant etre transformés en lois ou révoqués par la suite.

ChurchillLes autres inconvénients possibles seraient sans doute inhérents au système démocratique lui même. En effet la démocatie directe pourrait bien amplifier les travers de ce système qu’un certain fumeur de cigare qualifiait de moins mauvais possible.

Quand aux avantages, si vous voulez mon avis : c’est tout benef :

- Une vraie représentativité (personne ne votera a votre place)

- La fin du bourrage des urnes (possibilité de publication de la liste des votants et controle par ceux ci du vote enregistré)

- L’accès au debat public pour chaque citoyen

…et j’en passe

3 commentaires.

Réaction du 19 jan 2008, 02:36.

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles je demeure très sceptique quant à la réussite d’un projet que je qualifierais d’anarchisme démocratique (tu supprimes textuellement l’Etat de ton propos…):

1- Tu présupposes 1- que tout le monde a une opinion 2- que toutes les opinions ont la même valeur 3- vraisemblablement, que la multiplicité des opinions politiques dépasserait quantitativement et qualitativement la diversité des partis qui les représentent. Je crois qu’un article de Pierre Bourdieu intitulé “l’opinion publique n’existe pas” conteste les deux premiers, et j’aurais tendance à contester le troisième.
2- Je ne peux pas tout à fait adhérer au constat dont tu dérives toute cette théorie. Ces faux représentants, certes, ont une tendance naturelle à prêcher, comme tu dis pour leur boutique, c’est à dire pour leur parti (plus que pour leur simple personne, ce qui atteste déjà d’une pensée de la politique, de la cité “polis”). Mais cela ne suffit pas à déconsidérer tout à fait leur fonction sociale et son utilité: l’ENA n’est pas seulement une machine aux productions et aux fins démagogiques; cette école, qui nécessite peut être quelques réstructurations, forme avant tout les hauts administrateurs à embrasser une fonction publique, à se positionner par rapport à l’Etat, à la constitution, à l’histoire, aux conjonctures économiques…. S’il y a des partis c’est avant tout de manière à ce que la multiplicité difficilement prise en compte des intérêts particuliers (techniquement, cela changé, tu le démontres très bien, mais au point de vue politique, c’est beaucoup moins évident) évolue dans l’unité d’un projet politique.
3- J’ai aussi la pensée qu’il existe effectivement des compétences politiques (vues d’ensemble, connaissances économiques, juridiques, sociologiques, historiques, pensée de l’Etat et de son administration) souvent ignorées du citoyen. Bien sûr, cette pensée est davantage technocratique que démocratique, mais elle veut surtout montrer ceci que la démocratie indirecte régule en le réformant politiquement ce qui est à l’origine le fait d’une pure situation socio-économique ou d’une opinion partiale du citoyen.
4- Il y a encore le problème de la séparation des pouvoirs: et oui, tu viens tout simplement de donner à un seul (entendons par là la volonté générale) l’exécutif et le législatif (heureusement pas le judiciaire tu n’as pas proposé les jury de citoyens: là, étonnament, tu laisses les experts en juger). Ou alors la démocratie directe ne concerne que le légilatif, mais il faut développer dans ce cas ta position par rapport à l’Etat à qui il reste le privilège de l’exécutif: se contentera-t-il d’appliquer la loi votée par la majorité des citoyens, n’aura-t-il pas la possibilité de la travestir dans les simples aménagements qu’il en fera?
5- La dernière raison, et c’est de loin la plus importante, parce qu’elle est sans préjugé vis à vis de ta position, concerne le danger inhérent à cette démocratie directe qui est le controle possible (et probable) de l’opinion par les médias, qui pourraient eux même se trouver à la solde d’un pouvoir tyranique, latent ou évident. Comment éviter que le débat citoyen demeure pur? Si l’information avec laquelle il a nécessairement prise le conduit à de fausses conclusions, ou simplement si l’information à laquelle il a accès détermine ses priorités (par exemple: la violence urbaine), ou encore: comment comptes-tu éviter la propagande possible, le militantisme politique, le matraquage publicitaire au sein des décisions citoyennes? Ne revient-on pas aux mêmes problèmes, et ce de manière d’autant plus forte que la régulation par le personnel politique, dont c’est la fonction de demeurer impartial et de servir les intérêts de ceux qu’il représente, aura disparue.

J’aimerais enfin, et ce sera mon ultime requête, te demander ce que tu penses de l’idée de “démocratie participative” de Segolène Royal. Car au fond, elle a pu pressentir ce besoin de se faire reconnaître, en tant que citoyen, de manière ostensible, effective, et non plus médiatisée par on ne sait quels intérêts sous couvert de compétences politiques: ainsi les débats qui ont eu lieu sur son blog durant toute la campagne et dont elle prétend s’être inspirée.

Réaction du 19 jan 2008, 17:46.

Puisque la lumière tu recherches, des réponses tu auras
(comme disait ce rapeur russe : Yo ! Da ! )

1. a) Je ne presuppose pas que tout le monde a une opinion mais que tout le monde a le droit d’en avoir une, nuance.
1. b) Par contre, je ne vois pas au nom de quoi une opinion aurait plus de valeur que celle d’un autre et comment on pourait défendre ce “classement” sans tomber dans des idéologies qui tachent les mains.
1. c) les différentes officines partisanes ayant plutot tendance a la convergence vers une pensée unique (avec queques aménagements de ci de là, soit, mais quand même…) je pense que des angles de vue originaux (et donc de nouveaux types de solutions) auraient plus de chance d’emerger si on se donnait la peine d’écouter (ou de lire) ceux qui ont un avis. Donc oui : plus en quantité mais aussi plus de chances de tomber sur la qualité.

2. Je suis désolé de devoir en remettre une couche mais quand je vois la merde dans laquelle on est, je ne trouve pas que ces spécialistes formés a grand frais soient d’une efficacité tellement redoutable que nous ne pouvons pas nous en passer.

3. A partir du moment ou tout le monde peut s’exprimer, si parmi les professionnels que tu défend il s’en trouve un qui ait une véritable bonne idée et qu’il arrive a l’exprimer autrement qu’en langue de bois, il aura toutes les chances d’être entendu.
Sur certains forums de discussion on peut donner une bonne ou mauvaise note aux intervenants et par la même augmenter ou descendre leur réputation. Ce systeme pourrait tout a fait “donner plus de poids” à ceux qui auraient prouvé l’interêt qu’ils suscitent chez les autres.

4. Pas du tout. Je garde not’ bon président (enfin dès qu’on en aura changé), le gouvernement et les ministères qui vont avec. Ce sera a eux de formuler les textes (simples et compréhensibles par tous) et les questions sur lequelles le peuple devra s’exprimer. Avec une soupape de sécurité en forme de motion de censure :
Il devra, a chaque question, être ajouté la possibilité de dire “aucun de ces choix ne me convient“. Si c’est cette réponse qui est majoritaire le ministre est démissionné. Si, après reformulation de la question, la réponse est encore la même, c’est tous les employés du ministère qui cherchent un nouveau boulot.

5.Le controle de l’opinion par les médias, nous sommes déja en plein dedans. Je m’autorise à penser que c’est en laissant s’exprimer les voix discordantes qu’on peut le plus efficacement lutter contre ce genre de procédés.

Comme tu as eu la bonne idée de garder la pimprenelle pour la fin, je vais te livrer le fond de ma pensée sur cette histoire : C’est parce qu’elle n’avait aucune idée populaire dont elle pouvait se prévaloir qu’elle a monté cette combine afin de reprendre a son compte des sujets qui tenaient visiblement a coeur a ceux qui étaient venus en discuter en pouvant imiter le grand Charles avec un sonore “Je vous ai compris !“. rappellons nous quand même que quand il a sorti cette célèbre maxime, les plus surpris sont ceux qui croyaient qu’elle leur était adressée alors qu’elle l’était en fait au camp d’en face. Je te laisse réfléchir la dessus…

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